Le mélange entre aspirations personnelles et héritage familial donne parfois des résultats étonnants, et Michael Stoquer en est un très bon exemple. Fils d’un ingénieur expert dans le bâtiment, il effectue une école de commerce tout en travaillant en apprentissage avec son père. Résultat : il est aujourd’hui gérant de la société SEF, spécialisée dans la réparation de bâtiments sinistrés et le renforcement de fondations.

Un fort travail initial pour un démarrage efficace

Michael Stoquer

L’homme est né en 1974 à Saint-Germain en Laye, dans les Yvelines. Une ville qu’il semble apprécier puisqu’il effectuera là-bas les classes préparatoires à HEC, après avoir obtenu son Bac C en 1992.Il intègre alors l’ESSEC, la prestigieuse école de commerce située à Cergy-Pontoise. Ce choix n’est pas anodin : l’ESSEC laisse une grande marge de liberté à ses étudiants pour organiser leur emploi du temps, et leur scolarité de manière plus générale. Ainsi, les élèves peuvent effectuer leurs études en 5 ans, s’ils souhaitent faire autre chose en même temps, ou au contraire accélérer la validation de certaines UV pour obtenir leur diplôme en 3 années seulement. N’ayant aucun temps libre en classe préparatoire, il a donc privilégié l’extension de sa durée d’études pour pouvoir travailler avec son père. L’apprentissage débutait à peine dans les grandes écoles de l’époque, cela lui a permis de profiter d’un cadre moins strict et de s’épanouir comme il souhaitait en effectuant en parallèle études et emploi, en famille qui plus est.

C’est une entreprise de reprise en sous-œuvre que son père, Jean-Yves Stoquer, avait créé à cette époque et où le futur expert débute son apprentissage du monde du travail. L’entreprise collabore alors avec les compagnies d’assurance telles que la MAIF, la MACIF ou la MATMUT pour étudier et mettre en place des travaux de renforcements pour les bâtiments qui ont été abîmés par la sécheresse, notamment les fondations. Pour cela, il fallait approfondir et rigidifier les semelles (l’ouvrage qui supporte les charges de constructions pour les transmettre sur les charges sur le sol) de fondations, notamment sur les villas où apparaissent des fissures.  Dans cette entreprise, il a appris beaucoup de chose sur le travail de renforcement, qui deviendra plus tard le cœur de sa propre activité. Il a notamment compris la nécessité d’effectuer ce travail à la pelle et à la pioche par une main d’œuvre qualifiée. La raison est simple : la structure sur laquelle l’intervention a lieu, à l’instar des sols sur lesquels les employés doivent travailler, sont très généralement instables : une unité mécanique serait soit en danger, soit dangereuse dans ce genre de situation. Par exemple, creuser avec une pelle mécanique sous une fondation serait porteur de bien trop de risques, et même amener une telle machine à proximité du bâtiment amènerait des chances de chute ou de dommages collatéraux. Il s’agissait donc d’effectuer le travail à la main, et ces travaux très spécialisés avaient tendance à faire fuir les sociétés de maçonnerie plus traditionnelles. Toutefois, un début de mécanisation a fait son apparition : la technique des micropieux.

La technique des micropieux, technique méconnue des travaux sur les bâtiments

La technique des micropieux, qui nécessite des études préalables précises et une certaine expérience dans le domaine, consiste à réaliser un forage à l’aplomb du bâtiment sinistré pour y apposer un tube d’acier directement à l’intérieur. Un coulis de ciment pur est alors injecté avec de l’eau, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du tube. C’est ce qu’on appelle un micropieu, qui s’enfonce en moyenne à une dizaine de mètre de profondeur (tout dépend bien évidemment des charges) et est relié aux fondations déjà en place, via des longrines (des poutres qui lient les poteaux et réparti ou reporte les différentes charges) de reprise en sous-œuvre. Le but final est alors assez clair : déplacer les charges du bâtiment plus profondément dans le sol pour renforcer la structure finale de la construction. Un véritable travail d’équilibriste, puisqu’il faut jouer avec des charges colossales et prédire aussi bien leur évolution que celle des sols, qui sont par nature rendus instables après un sinistre. On voit notamment la nécessité de recourir à ce genre de technologies après une fissure une sécheresse ou une inondation.

Pour donner une idée du travail de précision nécessaire et du niveau technique déployé sur de tels ouvrages, il faut savoir que si les pieux s’enfoncent à une dizaine de mètres dans le sol, leur diamètre est généralement compris entre 150 et 205 millimètres, ce qui proportionnellement implique un travail de grande précision pour les installer. D’ailleurs, il existe différent types de micropieux, et chacun nécessite sa propre injection. Ainsi, les micropieux de type 2 ont besoin d’une injection gravitaire ; les micropieux de type 3 reposent sur une injection globale unitaire, effectuée sous pression ; et enfin les micropieux de type 4 nécessitent une injection répétitive et sélective, encore une fois sous pression. Différentes études géotechniques sont nécessaires au préalable, afin d’évaluer à la fois le sol et la structure et d’établir le meilleur type de micropieu qu’il faut utiliser. Tous ces termes peuvent sembler techniques et difficiles pour les profanes du monde du bâtiment, ce qui est normal, mais cela donne une idée de la complexité du secteur que l’actuel gérant de SEF a appris, très tôt, à maîtriser.

Les missions actuelles de Michael Stoquer

Le travail à accomplir se situe principalement en Île-de-France, quoi que des interventions demeurent possibles à travers toute la France. Mais si la région parisienne est privilégiée, il y a une excellente raison : on y trouve énormément de sols instables ou problématiques pour construire des bâtiments, une diversité que l’on ne trouve presque que dans cette région du pays. Il y a d’abord eu de nombreux travaux miniers dans cette région, on y trouve notamment des anciennes carrières souterraines, dangereuses si l’on se met à construire au-dessus, et d’autres à ciel ouvert qui ont été remblayées, et dont le sol a été fragilisé, sans compter quelques marnières, les cavités que l’on creusait pour extraire de la craie. Mais il y a aussi des types de sols excessivement sensibles aux sinistres, comme les sols qui contiennent de l’argile et craignent autant les trop fortes chaleurs que les trop fortes pluies ; ou les sols gypseux, qui risquent des dissolutions naturelles.

Ce qu’il faut comprendre, c’est que si l’Île-de-France est une région extrêmement urbanisée, les terrains les plus favorables aux constructions sont déjà occupés, souvent depuis longtemps. Le manque d’espace ne freinant en rien l’augmentation de la population dans la capitale et dans ses alentours, il a fallu construire sur des terrains de moins en moins favorables, comme les terrains en forte pente ou les terrains sensibles comme ceux mentionnés auparavant. Ce qui a amené, de manière logique, à une hausse de la demande en fondations spéciales dans la région, et en a fait le cœur de cible des interventions de l’entreprise SEF, très spécialisée dans ce domaine.

La construction pure n’est pas la seule activité de Michael Stoquer

Avant de construire, il faut analyser, observer, prévoir, et c’est une partie importante du travail de l’expert en réparation de bâtiment sinistré. Les études géotechniques servent à analyser les sols, afin de comprendre ce qui les composent et la manière dont ils seront amenés à évoluer, tandis que les études de génie civil évaluent la capacité à construire sur le terrain étudié. Une double étude qui demande une double compétence technique (le cœur de la question étant les sinistres, qui reposent précisément sur l’interaction entre le sol et le bâtiment) mais une double étude qui paye : environ 10% du chiffre d’affaire de la société SEF. Les constructeurs ont besoin de ces travaux avant de bâtir, bien évidemment, mais les compagnies d’assurances en sont particulièrement friandes car cela leur permet d’évaluer les risques et donc de se préparer pour l’avenir. Un comportement prudent en grande partie lié à la canicule de 2003, qui a causé de nombreux dégâts en fragilisant les sols et a coûté beaucoup d’argent aux assurances qui n’avaient pas anticipé les dégâts potentiels à réparer.

Mais ce n’est pas le seul élément qui explique cette attitude et ces précautions. Depuis plusieurs décennies, la France est devenue de plus en plus exigeante avec la qualité des constructions, multipliant ainsi les normes à respecter. DTU (document technique unifié), eurocodes (normes européennes utilisées dans le bâtiment et le génie civil) et nouvelles normes ont fini par rendre tout le monde plus exigeant sur la qualité générale de toutes les constructions, rendant les études de sol préalables toujours plus nécessaires avec les années. Ce qui a contraint également le spécialiste à s’adapter aux évolutions du marché : contrairement à ses débuts, ce sont désormais les fondations spéciales en travaux neufs, donc préalables à construction, qui prennent une place de plus en plus importante dans le chiffre d’affaire de la société SEF, là où la part des réparations des sinistres est en baisse. S’adapter et devenir expert dans un domaine très technique, méconnu mais pourtant utile à tous, voilà le parcours étonnant de Michael Stoquer